Mon sitcom
22-11-05
 
Day dream

chatnoirchatblanc

Depuis toujours je rêve d’une chose, d’une seule* (*deux en réalité si l’on compte mon envie d’acheter un caniche royal et de le teindre en rose -  taux de réussite = 2% étant entourée de personnes raisonnables : « mais bon sang tu sais ce que c’est d’entretenir un caniche géant ? » Oui, lui acheter un collier en faux diamants). Pour en revenir à nos moutons* (*notons que le port de faux diams sur toison immaculée peut être du meilleur effet en zone mondêêêne) je rêve du jour où ventilateurs poussés au maximum, cheveux dans le vent donc, la main sur le cœur et les yeux dans le vague* (*c’est tout ce que j’ai trouvé pour avoir l’air « inspirée ») je prononcerai ces quelques mots : «ça y est, j’ai arrêté ». Mots à replacer dans le bon ordre et à copier/coller dans la phrase définitive énoncée ci-dessus : la TV, regarder, de, définitivement, presque. Et pour être sûre d’être comprise, d’avoir réussi à faire passer le message© je répéterai en criant genre je me sens libre donc je hurle* (*le « et inversement » ne fonctionne pas dans ce cas précis) : « oui, j’ai définitivement arrêté de regarder la TV ». Du bouts des lèvres, je lâcherai ce dernier mot devenu vulgaire* (* prononcer « voulgaire » afin de détendre un peu l’atmosphère) tout en brisant ma télécommande* (*que j’aurai préalablement glissée dans mon sac pour les besoins de la scène) d’un ultime coup de talon libérateur. Avec pertes et fracas ambiance fin de soirée ouzo à gogo dans un resto grecque.

C’est dans cet état émotionnel perturbé que j’ajouterai* (*l’emploi du futur de l’indicatif risque à la longue de devenir pénible, merci de nous excuser pour les désagréments occasionnés) alors un peu plus bas un petit « presque » de rien du tout. Presque car mon propos serait à nuancer, j’aurai arrêté mais-pas-tout-à-fait-en-fait. Parce qu’étant « une fille de mon époque », j’aurai su « prendre de la distance » et fait le tri après une fine analyse de la situation : émissions « biens » / émissions « pas biens ». Ceci explique cela* (*vous aussi chez vous customisez vos phrases avec des expressions à monter soi-même) j’ai grandi avec le mythe Thalassa* (*il faut bien insister sur le « ssa » ). L’émission des dissidents, de ceux qui ont dit non. Une musique qui fait peur, un bateau intérieur acajou, cinq personnes, un présentateur bien garni (capillairement parlant), des « private joke » appliquées au monde marin mais-tu-ne-peux-pas-comprendre et surtout des reportages, avec un grand « R », à rouler la gueule enfarinée. Mon père hypnotisé. Ma mère assoupie. C’est le « Thalassa Power ». Evoquer avec poésie la reproduction des mérous un lundi matin peut sauver la vie ou tout du moins redonner ses couleurs d’origines à une image dite « sociale » salie par des jeux de mots dangereux et autres blagues de trop.

A 12 ans j’ai compris : regarder Thalassa c’est avoir une aura. Pouvoir dessiner les yeux fermés la coiffure d’avant-garde de Flavie Flament c’est ne pas en avoir et ne rien faire pour s'en procurer une, même d'occasion. Bien qu’ayant pleinement conscience* (*le « pleinement » est ici boudiné dans son costume d’excuse de location) de cette réalité, cela ne m’empêche pas de :

- savoir qui est Diana & Brandon.

- connaître l’identité de l’auteur de cette phrase définitivement définitive : « tu l’emmerdes avec un grand « A » »* (*l’emploi de la capitale est-il bien raisonnable ?)

- pouvoir dire qui est le petit et qui est le grand si l’on me montre une photo de B & F* (*la pudeur, bordel la pudeur !)

- avoir regardé une partie* (*levez la main droite…) de MIF* (*un peu d’imagination que diable !) tourné dans le décor à caractère convulsif d’une villa cannoise.

Après tout ça, c’est sûr, l’aura je l’ai pas. Même pas un petit halo artificiel. J’en ai trop vu.

Embarquée sur le rafiot* (*le « de force » est à ce stade superflu parce que peu crédible) de la médiocrité télévisuelle, le club des yachtmen élégants (mouais), cultivés (mouais) et fans de Thalassa n’est plus qu’un minuscule point à l’horizon. Symboliquement assise dans un fauteuil en moumoute acrylique vert fluo, je vais alors voir le pire et entendre…Quoi ? Le pire aussi. La croisière fut éprouvante, barbouillée de fond de teint, des sourires carnassiers effets pleins phares, des couleurs épileptiques.

J’ai vu la coupe approximative des tailleurs de Super Nany, j’ai vu des mamans moches, connes et méchantes* (*meuh nan « toutes les mamans sont belles » dixit Michel D. au taquet) que l’on échangent comme ça pour voir, j’ai vu la couette, super haute, de Super Nany, j’ai vu des rideaux s’ouvrir parce qu’on ne sait jamais, j’ai vu les dents de Super Nany, j’ai vu des relooking de la dernière chance parce que « ça pourra pas être pire », j’ai appris que lorsque l’on veut faire passer un message à son enfant il faut se mettre physiquement à son niveau et le regarder droit dans les yeux, j’ai entendu dire que « le panty c’est sexy ». Ah bon. « On » ne s’en vante pas bien sûr. Si « on » souhaite en parler, sous un angle purement sociologique, mieux vaut s’armer d’un « j’ai entendu dire que ». Les fameux « quelqu’un m’a dit » ou « j’ai une/un ami(e) qui » peuvent fonctionner si consommés avec modération.

Ecoeurée, j’étais pourtant, depuis plusieurs mois, sur la pente de la rédemption. Je n’étais (presque) plus très loin (20-25 ans) du jour où déterminée j’aurai déprogrammé ma télé pour ne garder qu’une seule et unique chaîne : Arte. Je me voyais épanouie, à l’abris des rires en boîtes et des clap clap, me contentant de déguster Tracks le jeudi soir, le lancinant « oui mais qu’est-ce qu’il y a sur les autres chaînes ? » en moins. Et puis ce vendredi soir 18 novembre tout à de nouveau basculé. Le fameux « effet de groupe ». Me voici, nous voici (il faut assumer), devant DOMINO DAY. Les lettres capitales m’aident justement à assumer. Quelqu’un aurait (le conditionnel, bordel, le conditionnel!) du avoir la force de dire off car même si « ingurgitée » au trentième degré nos neurones risquaient fort d'être carbonisés au sortir de cette expérience. Le mal est fait. Flavie Flament est là. Petite mine. Tailleur beige, visage beige, coiffure beige, personnalité idem. Elle semble appréhender les deux heures de torture qui l’attendent et ne prend même plus les intonations de fausse gaieté de rigueur. Des dominos, des dominos encore des dominos et de mon côté c’est le trou noir. Je me dis que TF1 a du utiliser le chantage : c’est ça ou plus de prime time en robe lamée Versace ma cocotte, à écouter, l’œil mouillé et les lèvres tremblotantes, Patrick F. faire beugler amour avec toujours. On la comprend, le boulot c’est le boulot et c’est pas facile tous les jours ma p’tite dame* (*vous aussi, chez vous, replacez dans vos conversations des poncifs élimés aux manches).

Dave et Denis Brognard, le grand roux* (*cette remarque est purement ornementale car en présence de dominos il faut meubler) la soutiennent. « Pourquoi Dave » dira quelqu’un ? Parce que Vanina, parce que « l’ami Molette »*  (*il faut avoir vu la pub pour les fromages hollandais pour comprendre), parce que coupe au bol, parce que Eurovision. Il y a pourtant eu des signes avant-coureurs : cet homme est au bord de la « nervous breakdown » et nous assistons là aux instants les plus sombres de sa descente aux enfers. D’ailleurs il glousse, re-glousse, re-re-glousse, se gausse tentant la « second degré touch » et dit des trucs comme « oh ! C’est un joli pantin désarticulé » parce qu’autour des dominos il y a aussi gros budget déco. Est-ce là une métaphore ? un appel au secours peut-être ? cet homme voit la vie en noir et banc. Endemol est ravi. Un pétage de plombs en direct.

Denis tente, lui, de s’enthousiasmer en s'administrant de grandes baffes revigorantes mais ça on ne le voit pas, je le devine: « c’est gracieux » dit-il en scrutant une danseuse hollandaise, Dave le précisera plus tard, déguisée en Esmeralda from le parvis de Notre-Dame et virevoltant avec la légèreté d’un parpaing entre les dominos. C’est du n’importe quoi, quelque dira « c’est de l’impro ou quoi ? ». Clou de la choré, la belle s’allonge par terre, Denis aurait pu dire « c’est super sensuel » mais bizarrement il s’est abstenu. C’est le moment du lâché de dominos sur le corps offert de la demoiselle. « C’est beau » aurait pu dire Dave pas franchement concerné mais il s’est tu, non pas tué, sûrement trop ému. Le public est ravi, une fille au T-shirt rose s’agite franchement exaltée. Visuellement les faits sont là : elle (la fille du public sur laquelle reviendra plusieurs fois le cameraman) ne semble hélas pas avoir suivi les conseils de Playtex. Un bon maintien c’est essentiel. Sordide vous avez dit ? La recette Endemol est imparable : seins - dominos  - seins. Je pense que l’on va se quitter là-dessus. Merci. Bonsoir.

Message personnel : (pas) merci à A. et F. de m’avoir fait replonger. Si, si, merci. Pour tout.

Merci aussi à celle qui m’a avoué un jour à propos de ses penchants télévisuels : « qu’est-ce que j’y peux moi si je ris devant un reportage suivant durant tout un week end dans des salles des fêtes des passionnés de concours canins ? ». Sentence à lire d'une seule traite, recommencez si ce n'est pas le cas.

"Cette manie, aussi, de dire tout le temps merci"

Posté par lorenza à 00:53 - Commentaires [18] - Permalien [#]






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La vie, c'est comme un sitcom mais sans fond de teint et puis sans rires enregistrés, juste forcés (des fois)

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